Le « live suicide » et les alertes adressées à Qwant : chronologie, questions de fond et limites
Avertissement documentaire et juridique
J'emploie ici « fraude » pour désigner les fraudes que j'allègue, et non des infractions définitivement jugées. Les financements, communiqués, déclarations publiques, écritures judiciaires, corrections documentaires et constats de la CNIL sont des faits vérifiables. L'intention de tromper, le contenu remis à chaque financeur et le lien causal entre une présentation contestée et une remise de fonds doivent encore être établis par des pièces et, le cas échéant, par une juridiction.
1. Résumé exécutif
Le contexte immédiat doit être restitué avec les limites propres aux pièces. Deux EML adressés à Me Nathalie Micault précèdent de sept minutes le premier courriel à Boris Lecœur :
- le 22 juillet 2026 à 11 h 21 min 06 s +02:00, une relance sur l'envoi de données pseudonymisées et les rôles que j'attribue à Pierre Vignaux et Jean-Charles Chemin ;
- le 22 juillet 2026 à 11 h 21 min 21 s +02:00, la question : « Aussi, est-ce que je suis toujours menacé de mort par Eric Léandri ? »
Ces EML établissent le contenu de mes questions, non leur remise ou leur lecture et non la menace que j'allègue. Ils contiennent aussi le long fil antérieur et onze annexes, dont les apports, contradictions et risques sont détaillés dans l'analyse probatoire des courriels avec l'avocate de Qwant.
La question sur l'information des utilisateurs était déjà publique en 2024. Dans un article de Leptidigital du 15 mars 2024 (ouvre dans une nouvelle fenêtre), une réponse attribuée à Adélaïde Mauger, communicante de Qwant, situe une « mise en conformité en 2020 » et le respect du RGPD « depuis cette mise en conformité ». Cette formulation intervient après ma plainte enregistrée par la CNIL en mars 2019 et les contrôles qu'elle a déclenchés. Elle est corroborée par la publication Better Web de Qwant du 23 octobre 2020 (ouvre dans une nouvelle fenêtre), conservée en PDF, dans laquelle Qwant rattache sa nouvelle politique et le passage d'« anonymisées » à « pseudonymisées » aux échanges avec la CNIL, sans modification déclarée du code. La CNIL a ensuite conclu que l'information de 2019 était inexacte et incomplète sur les points contrôlés. Il s'agit donc d'une reconnaissance publique d'une régularisation postérieure à ma plainte, et non d'un jalon neutre. Elle ne prouve pas, isolément, l'intention frauduleuse ou l'effet causal sur un investissement. Mon commentaire public, daté du 14 avril 2024 à 11 h 38, demandait précisément le lien historique et la preuve d'une campagne d'information des utilisateurs.
La fonction de Boris Lecœur comme directeur général de Qwant est documentée par les sources de gouvernance citées dans les chapitres 4 et 6. Trois autres EML conservent des messages adressés à son adresse professionnelle :
- le 22 juillet 2026 à 11 h 28 min 33 s +02:00, une demande de réponse sur l'anonymisation et les données transmises à Bing et Bing Ads ;
- le 22 juillet 2026 à 14 h 08 min 37 s +02:00, le message « Alors je vais me suicider » ;
- le 22 juillet 2026 à 23 h 48 min 53 s +02:00, adressé également à une avocate, avec l'objet « Live suicide devant locaux qwant nice demain 10h ».
La publication X « L'arme du crime @Qwant_FR », avec la photographie d'un couteau, est affichée à 12 h 11 par X ; son identifiant technique encode 12 h 11 min 01 s UTC, soit 14 h 11 min 01 s à Paris. L'EML de 14 h 08 établit ainsi que le courriel suicidaire précède ce tweet d'environ 2 min 24 s. Ces EML conservent les champs Date, From, To et Message-ID, mais ne contiennent ni accusé de remise ni preuve de lecture. Ces messages sont replacés dans la chronologie complète du « live suicide ».
Le corpus examiné ne contient aucune réponse substantielle postérieure de Boris Lecœur ou de Me Micault : ni accusé de réception, ni proposition d'échange, ni autre message relatif à la situation. Les EML sortants ne démontrent pas que les messages ont été remis, ouverts ou lus. Les anciens messages attribués à Me Micault ou à Qwant ne sont disponibles dans ce répertoire que comme citations du fil sortant, non comme EML entrants natifs. Cette constatation porte uniquement sur les documents actuellement disponibles et ne permet pas d'établir quelles démarches auraient pu être entreprises par ailleurs. Elle restitue les informations dont je disposais et ma perception au moment des faits ; elle ne justifie pas le procédé que j'ai ensuite employé.
Les actes judiciaires qualifient la séquence de menace de mort contre Qwant ou ses personnels, alors que les courriels et publications que je produis répétaient « je vais me suicider » et « live suicide ». Un article d'Actu Nice (ouvre dans une nouvelle fenêtre) m'attribue par ailleurs, sans en nommer la source, l'intention de « faire exploser l'immeuble » et de « commettre une tuerie de masse » ; je n'ai pas retrouvé ces formulations dans le corpus que je conserve. En l'absence du signalement initial, de ses annexes et de la source du journaliste, je ne peux déterminer à quel stade ces formulations sont apparues, ni les attribuer à Qwant, à son conseil ou à une personne déterminée. Ce traitement est étudié en détail dans l'analyse de l'article d'Actu Nice.
Les différences entre les messages que je produis, les actes judiciaires et l'article de presse sont matériellement vérifiables. Elles ne suffisent pas à établir l'auteur, la cause ou le caractère volontaire de chaque reformulation. Cette distinction entre les écarts constatés et leur origine encore à déterminer est détaillée dans l'analyse du corpus judiciaire, dans celle de l'écart entre les messages et les actes judiciaires et dans l'analyse de l'article d'Actu Nice.
Le 22 juillet 2026 à 11 h 21, j'ai d'abord relancé l'avocate de Qwant et formulé une question sur une menace que je disais subir. À 11 h 28, j'ai demandé à Boris Lecœur de répondre sur ce que je présentais comme une fausse promesse d'anonymisation :
« Fausse promesse d'anonymisation : données personnelles envoyées à bing et bing ads »
« Qu'avez vous à dire ? »
À 14 h 08 min 37 s +02:00, faute de réponse visible dans le corpus, j'ai écrit :
« Bonjour @Qwant_FR vous faites les sourds ? Alors je vais me suicider. »
La chronologie complète des messages ne permet pas de présenter toute la séquence comme une escalade strictement linéaire, plusieurs captures n'affichant aucune heure. Un point est désormais fixé : l'EML suicidaire de 14 h 08 min 37 s +02:00 précède d'environ 2 min 24 s le tweet « L'arme du crime », dont l'identifiant encode 14 h 11 min 01 s à Paris. Les autres pièces documentent ensuite l'arrêt annoncé des médicaments, l'expression #DeadWistleBlower, l'annonce répétée d'un « live suicide » devant les bureaux et le rendez-vous fixé devant Qwant.
La proximité temporelle entre la demande de réponse, la photographie du couteau et l'annonce suicidaire est matériellement documentée. Ces contenus sont extrêmement alarmants, mais ils proviennent de canaux différents : les courriels ont des destinataires visibles, tandis que les publications X sont publiques. Leur proximité ne démontre ni qu'un même destinataire les a tous reçus ou lus, ni qu'ils ont été transmis ensemble. Elle ne permet pas davantage, à elle seule, de fixer une qualification juridique de mon intention au-delà des mots effectivement publiés.
Mais il faut distinguer l'objectif du résultat :
- les messages sollicitent explicitement une réaction de Qwant ;
- il établit une réaction sécuritaire, policière, judiciaire et médiatique ;
- il n'établit pas, à ce stade, une réponse de Qwant sur le fond des alertes ;
- il n'établit pas davantage que Qwant ait reconnu une fraude, ouvert ses dossiers d'audit ou informé les financeurs ;
- l'épisode a déplacé le débat des pièces techniques vers ma dangerosité supposée et ma santé mentale.
Autrement dit, la séquence a été suivie de l'activation d'une chaîne d'alerte et de sécurité. Elle n'a pas, dans les documents disponibles, fait avancer la contradiction technique et financière recherchée.
Le corpus extérieur consacré aux plaintes apporte néanmoins des éléments supplémentaires pour identifier exactement ce sur quoi je voulais une réponse :
- Qwant a elle-même écrit devant la justice que sa politique de vie privée lui avait permis d'obtenir le soutien d'Axel Springer, de la Banque européenne d'investissement et de la Caisse des Dépôts ;
- le communiqué de la levée de fonds de février 2017 relie directement 18,5 millions d'euros à une technologie d'indexation propre et à la confidentialité des données ;
- un article de La Lettre A rapporte que Bpifrance aurait refusé de participer à cette opération en raison d'interrogations portant notamment sur les liens avec Bing ;
- les conditions contractuelles précises du financement BEI et de l'investissement CDC ne sont pas publiques dans le dossier ;
- Éric Léandri a tenu devant une commission d'enquête du Sénat, après avoir prêté serment, des propos sur l'autonomie de Qwant, l'absence de données personnelles chez Microsoft et l'anonymat des utilisateurs que des pièces ultérieures contredisent ou fragilisent fortement.
Ces compléments renforcent l'intérêt d'une enquête et de demandes de pièces. Ils ne permettent pas de décréter que quatre organismes ont tous été victimes d'une fraude identique.
2. Les demandes de fond adressées à Qwant
L'expression recouvre trois demandes distinctes qui se sont accumulées.
2.1. Obtenir une réponse publique
La demande immédiate du 22 juillet portait sur l'anonymisation et les données envoyées à Bing et Bing Ads. Elle ne demandait ni argent ni avantage personnel dans le message reproduit. Elle demandait :
« Qu'avez vous à dire ? »
La formulation suicidaire intervenue moins de trois heures plus tard a placé la demande de réponse en relation directe avec ma survie annoncée. Ce rapprochement est objectivement alarmant pour ses destinataires, indépendamment de la qualification pénale qui sera discutée contradictoirement.
Cette relation est décisive pour comprendre pourquoi les messages étaient dangereux : un destinataire ne peut pas traiter normalement une question technique lorsqu'il reçoit simultanément l'annonce d'un suicide.
2.2. Obtenir la conservation et la production des pièces
Le dossier V2 ne se contente pas d'affirmer que l'audit CDC/Cardiweb aurait été trompé. Il identifie les documents nécessaires pour le vérifier :
- lettre de mission, cahier des charges et rapport complet de l'audit ;
- branches, commits, tags, binaires et environnements réellement montrés ;
- journaux réseau permettant de savoir si Bing, Bing Ads ou WebBrain étaient appelés pendant les démonstrations ;
- identité des personnes présentes à Nice et à Paris ;
- échanges préparatoires avec Cardiweb et la CDC ;
- analyses techniques et juridiques ayant conduit Qwant à qualifier l'IP tronquée d'anonyme ;
- documents remis aux financeurs sur le recours à Microsoft et sur les flux de données.
Le but probatoire n'est donc pas de répéter le mot « fraude ». Il est de comparer trois réalités : ce qui fonctionnait en production, ce qui a été montré à l'auditeur et ce qui a été déclaré au financeur.
2.3. Faire corriger un récit institutionnel
Depuis 2016, mes alertes portent sur deux axes liés :
- Qwant était présenté comme un moteur disposant de sa propre technologie, de son index et de ses algorithmes, alors que son recours effectif à Bing était beaucoup plus important que ne le suggérait ce récit ;
- Qwant présentait les utilisateurs ou les données transmises comme anonymes, alors que la qualification ensuite retenue par la CNIL est celle de données personnelles pseudonymes.
En juillet 2026, mes messages rattachaient ma demande insistante d'une réponse à ce dossier ancien. Ils établissent que je cherchais à être entendu sur ces questions ; ils ne permettent pas, à eux seuls, d'attribuer à chaque publication alarmante un destinataire, une cible ou une intention pénale uniques.
3. Les six questions de fond du dossier
| Dossier | Fait directement documenté | Question encore ouverte | Formulation rigoureuse |
|---|---|---|---|
| CDC / Cardiweb | Audit en 2016 ; branche demo ; retrait du code d'appel à Bing ; courriel parlant d'un appel fake ; investissement CDC de 15 M€ en 2017 |
Quelle version a réellement été auditée, qu'a compris Cardiweb et quel rôle l'audit a-t-il joué dans la décision ? | Préparation technique inhabituelle établie ; tromperie de l'auditeur et causalité financière à démontrer |
| BEI | Financement de 25 M€ annoncé en 2015 sous Horizon 2020 / InnovFin ; Qwant alors présenté comme indexant et classant le Web tout en protégeant l'anonymat | Quelles déclarations, diligences et clauses techniques ont fondé le financement ? | Financement et représentations publiques établis ; fraude au prêt non établie sans dossier contractuel |
| Axel Springer | Acquisition de 20 % en juin 2014 ; nouvel apport de 3,5 M€ en 2017 ; communication officielle axée sur la privacy | Que savait l'investisseur du degré d'autonomie, de Bing et des flux de données à chaque opération ? | Investissements et discours établis ; tromperie d'Axel Springer à prouver |
| Bpifrance | La Lettre A rapporte un refus de suivre l'opération et des interrogations sur Bing | Quelles vérifications ont conduit à ce refus et ont-elles été partagées avec la CDC ? | Signal d'alerte rapporté par la presse ; Bpifrance n'est pas documentée comme victime de la levée de 2017 puisqu'elle aurait refusé d'y participer |
| DINUM / Philippe Englebert | Code de 2016 proposé puis transmis en juin 2019 ; audit annoncé ; audit publié limité à l'état contemporain de Qwant | Un examen distinct du code historique a-t-il été réalisé sans être publié, et pourquoi aucune plainte ou transmission au procureur n'est-elle documentée ? | Audit contemporain établi ; aucun examen du code de 2016, aucune plainte et aucun signalement pénal ne sont documentés dans le corpus disponible |
| Sénat / anonymat | Déclarations sous serment en juin 2019 ; correction de la politique en 2020 ; constat CNIL publié en 2025 | Les déclarations étaient-elles seulement inexactes ou sciemment fausses au moment où elles ont été prononcées ? | Contradictions matérielles sérieuses ; faux témoignage non judiciairement établi |
4.1. Ce qui est établi
Le communiqué du 2 février 2017 de la Caisse des Dépôts (ouvre dans une nouvelle fenêtre) annonce une levée de 18,5 millions d'euros :
- 15 millions apportés par la CDC ;
- 3,5 millions apportés par Axel Springer.
Le communiqué présente Qwant comme disposant de sa propre technologie d'indexation et garantissant la confidentialité des données personnelles.
Le dossier technique documente parallèlement, pendant la préparation de l'audit de 2016 :
- la création d'une branche
demo; - le retrait du code d'appel à Bing ;
- son remplacement par un appel à un service présenté comme WebBrain ;
- un courriel interne du 20 juin 2016 indiquant : « Comme demandé ce code est juste un fake ».
Ces faits sont détaillés dans l'analyse de l'audit CDC/Cardiweb et dans le contexte général.
4.2. Ce que cela ne suffit pas à prouver
Le mot fake, même rapproché de la branche demo, ne prouve pas à lui seul :
- que ce code précis a été exécuté devant Cardiweb ;
- que l'auditeur ignorait le recours à Bing ;
- que Qwant a menti sur l'existence du contrat Microsoft ;
- que le rapport final a certifié une autonomie inexistante ;
- que la CDC n'aurait pas investi si elle avait reçu une autre présentation.
Qwant a soutenu dans ses écritures que la désactivation de Bing avait pour seul objet de montrer les capacités autonomes de son moteur. Cette explication doit être confrontée aux binaires, aux journaux, aux questions de l'auditeur et au rapport complet.
Le complément décisif du corpus V2 est donc moins une nouvelle accusation qu'une liste de pièces manquantes capable de départager les deux récits.
5. BEI : 25 millions d'euros, mais une chronologie différente
La Banque européenne d'investissement a annoncé en octobre 2015 un financement de 25 millions d'euros (ouvre dans une nouvelle fenêtre). Le communiqué rattache l'opération à Horizon 2020 et à InnovFin. Il présente Qwant comme un moteur qui indexe, contextualise et classe le contenu du Web, et associe le projet à la protection des données et à l'anonymat des recherches.
Le dossier V2 relève que les cadres publics de ce type de financement prévoient une due diligence technique, financière et économique. Mais il constate aussi l'absence, dans les sources publiques réunies :
- du contrat Qwant-BEI ;
- des covenants ;
- des conditions suspensives propres à Qwant ;
- du rapport de due diligence ;
- du calendrier contractuel authentifié ;
- des déclarations techniques détaillées de Qwant à la banque.
Une prudence chronologique est essentielle. Le flux Bing Ads documenté dans le code date de 2016 : il est postérieur à l'annonce du financement BEI de 2015. Il ne peut donc pas, par lui-même, démontrer que la BEI a été trompée en 2015 sur ce flux futur.
La thèse d'une fraude au financement BEI devrait plutôt établir :
- l'état réel de la chaîne de crawl, d'indexation, de classement et de restitution en 2015 ;
- les présentations précises faites à la BEI sur cette chaîne et sur Bing ;
- les conditions déterminantes du financement ;
- une discordance consciente ;
- le rôle causal de cette discordance dans l'octroi des fonds.
La chronologie de Qwantify, d'Axel Springer et du prêt BEI montre que des robots Qwantify avaient laissé des traces avant le prêt. Ces traces établissent une activité de crawl, pas l'existence d'un moteur Web autonome et industrialisé. C'est cette différence que les pièces de due diligence devraient permettre d'examiner.
6. Axel Springer : deux opérations et la matérialité revendiquée de la « privacy »
Axel Springer a annoncé en juin 2014 l'acquisition de 20 % de Qwant (ouvre dans une nouvelle fenêtre). Son communiqué indique que Qwant mettait l'accent sur la vie privée et adoptait une démarche de privacy by design.
En février 2017, Axel Springer a réinvesti 3,5 millions d'euros aux côtés de la CDC. Le communiqué commun présentait à nouveau Qwant comme un moteur protecteur de la vie privée, doté de sa propre technologie d'indexation.
Le corpus V2 ajoute une pièce particulièrement importante : les propres conclusions prud'homales de Qwant. La société y écrivait :
« La pratique de Qwant, particulièrement respectueuse de la vie privée des internautes, lui a permis d'obtenir le soutien » d'Axel Springer, de la BEI puis de la CDC.
Cette phrase n'établit pas une fraude. Elle établit cependant que, selon Qwant elle-même, la promesse de vie privée n'était pas un slogan périphérique : elle avait une importance dans l'obtention des soutiens financiers.
Pour Axel Springer, il faut encore distinguer les deux dates :
- en 2014, l'investissement intervient avant la première observation de Qwantify retrouvée dans le corpus, datée de novembre 2014 ; l'absence de trace antérieure retrouvée ne prouve cependant pas l'absence de tout crawler antérieur ;
- en 2017, le réinvestissement intervient alors que le recours à Bing et le flux Bing Ads sont documentés dans le code de 2016.
La question n'est donc pas de supposer qu'Axel Springer ignorait nécessairement Bing. Elle est de savoir ce qui lui a été présenté sur le degré d'autonomie, la nature des données transmises et la portée exacte de la promesse de privacy.
7. Bpifrance : non une quatrième victime établie, mais un signal d'alerte
Le dossier V2 apporte ici une correction importante à une présentation trop globale.
L'article de La Lettre A du 9 mars 2017, « Qwant : hiatus entre la Caisse des dépôts et Bpifrance » (ouvre dans une nouvelle fenêtre) est réservé aux abonnés. Le résumé conservé dans le corpus rapporte que Bpifrance se serait refusée à financer l'opération, notamment en raison d'interrogations sur la nature des liens entre Qwant et Bing, tandis que la CDC aurait distingué un partenariat commercial d'un accord technologique.
Sous réserve de contrôler l'article intégral et les dossiers internes, cela conduit à trois observations :
- Bpifrance ne peut pas être présentée comme victime de la levée de fonds de 2017 si elle a précisément refusé d'y participer ;
- son refus allégué constitue en revanche un indice selon lequel la dépendance à Bing était déjà une question de due diligence entre acteurs publics ;
- les notes, échanges et analyses comparées de Bpifrance et de la CDC pourraient montrer pourquoi deux institutions publiques ont apprécié différemment le même risque.
Il est donc plus exact de parler du signal Bpifrance que d'une « fraude Bpifrance » déjà documentée.
Le signalement transmis en 2019 à Philippe Englebert, alors conseiller au cabinet de Cédric O chargé du numérique, mentionnait déjà le rôle de la CDC et de Bpifrance, l'absence alléguée d'index propre, Bing et la distinction entre anonymisation et pseudonymisation. Un cabinet gouvernemental avait donc reçu une alerte structurée plusieurs années avant juillet 2026 ; Philippe Englebert ne rejoindra la présidence de la République qu'en 2020.
8.1. La différence n'était pas un débat de vocabulaire
Pendant plusieurs années, Qwant a présenté les requêtes ou les données transmises à Microsoft comme anonymes ou anonymisées. En octobre 2020, la société a reconnu qu'il était « plus juste » de parler de données pseudonymisées.
La lettre de clôture de la CNIL datée du 10 février 2025, puis la publication de la CNIL du 11 février (ouvre dans une nouvelle fenêtre), ont confirmé que les données transmises à Microsoft ne pouvaient pas être qualifiées d'anonymes. La CNIL a également relevé l'absence initiale d'information sur la finalité publicitaire et sur la base légale.
La chronologie complète des communications de Qwant montre donc un déplacement matériel :
- anonyme : la personne ne doit plus être raisonnablement individualisable ;
- pseudonyme : les données restent personnelles et peuvent encore être rattachées ou corrélées à une personne par des informations supplémentaires.
Cette différence affectait le droit applicable, l'information due aux utilisateurs et la portée de la promesse commerciale.
8.2. Le Sénat ajoute une responsabilité institutionnelle particulière
Le compte rendu officiel du Sénat (ouvre dans une nouvelle fenêtre) indique qu'Éric Léandri a prêté serment le 12 juin 2019 devant la commission d'enquête sur la souveraineté numérique.
Il y a notamment affirmé :
« Microsoft n'a accès à aucune donnée personnelle de nos utilisateurs. »
Il a ajouté que tout était « cloisonné et étanche », que l'utilisateur demeurait anonyme et que Qwant restait maître de sa technologie, de son algorithme, de son index et de son infrastructure.
Le dossier V2 rapproche ces déclarations :
- du code
search_ads.php, qui transmet à Microsoft la requête, leUser-Agentet l'IP tronquée ; - de l'audit DINUM de 2019, qui documente une dépendance massive à Bing ;
- de la correction documentaire de 2020 ;
- de la qualification CNIL publiée en 2025.
Ce rapprochement établit des contradictions matérielles sérieuses. Il ne suffit pas à établir un faux témoignage. Une telle qualification suppose notamment de déterminer les connaissances exactes du déclarant en juin 2019, le sens précis de chaque phrase et l'intention de tromper.
Le corpus V2 ajoute enfin un point procédural : pour une audition d'une commission d'enquête dont le rapport est publié, l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958 prévoit une voie spécifique impliquant le bureau de l'assemblée intéressée. Ce point renforce l'intérêt d'un signalement structuré ; il n'autorise pas à annoncer une culpabilité.
9. La chronologie cumulative que je voulais imposer à Qwant
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| Juin 2014 | Axel Springer acquiert 20 % de Qwant ; le communiqué met en avant la privacy | La vie privée appartient au récit d'investissement dès la première opération |
| Novembre 2014 | Première observation retrouvée de Qwantify dans la base Udger | Établit un crawl au plus tard à cette date, pas un moteur autonome |
| Octobre 2015 | La BEI annonce 25 M€ sous Horizon 2020 / InnovFin | Le financement est publiquement relié à l'innovation, à l'indexation et à la protection des recherches |
| Juin 2016 | Branche demo, retrait de Bing, appel fake pendant la préparation de l'audit |
Nécessite de reconstituer exactement ce qui a été montré |
| Juin-juillet 2016 | Implémentation et montée en charge de Bing Ads | Le traitement litigieux existe avant la levée CDC/Axel de 2017 |
| Août-décembre 2016 | Alerte publique puis alerte interne sur Bing et la pseudonymisation | Qwant est directement informée du problème soulevé |
| Février 2017 | 15 M€ CDC et 3,5 M€ Axel Springer ; technologie propre et confidentialité mises en avant | Rend déterminante la comparaison entre présentation, audit et production |
| Mars 2017 | Refus de Bpifrance et interrogations sur Bing rapportés par La Lettre A | Indice d'une divergence de due diligence entre financeurs publics |
| 15 mai-15 septembre 2017 | Licenciement, puis saisine du conseil de prud'hommes de Nice | Le différend professionnel devient un contentieux judiciaire |
| 13 décembre 2018-14 février 2019 | Premier jugement prud'homal, puis jugement de départage | La classification cadre 3.1 est reconnue, mais les demandes principales contestées sont rejetées |
| Juin 2019 | Déclarations sous serment devant le Sénat | Donne au récit une portée institutionnelle renforcée |
| Octobre-novembre 2020 | Passage public d'« anonymisées » à « pseudonymisées » | Correction substantielle de la qualification |
| Novembre 2021 | Qwant invoque encore les audits et sa politique de privacy en justice | Le récit continue d'être utilisé dans le contentieux |
| 10 mars 2022 | Arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence confirmant les deux jugements | Issue défavorable du contentieux prud'homal, que les constats CNIL ultérieurs n'annulent pas |
| Février 2025 | La CNIL confirme la pseudonymisation et les insuffisances d'information | Corrobore une partie centrale de l'alerte |
| 22 juillet 2026, 11 h 21–11 h 28 | Deux relances à l'avocate de Qwant, puis demande de réponse à Boris Lecœur | Le changement d'interlocuteur documente la recherche insistante d'une réponse et peut être lu comme un contournement |
| 22 juillet 2026, à partir de 14 h 08 | Annonce suicidaire puis publications alarmantes | L'absence de réponse est explicitement reliée à la crise et à la recherche d'une réaction. Cette séquence peut être lue comme une pression émotionnelle ; elle ne suffit pas à établir la volonté d'annoncer ou de faire craindre la mort d'un tiers |
Rappel applicable à toute mention de l'issue prud'homale dans cette page. J'impute aussi ce résultat à des actes et omissions précisément documentés que je qualifie de fautes professionnelles manifestes, graves et inexcusables commises par Me Camille Poinat. Le grief central est que des fichiers ont été matériellement annexés mais laissés probatoirement inertes faute d'articulation dans les conclusions, tandis qu'aucune demande ciblée de production n'a été adressée à Qwant. Cette qualification, son lien causal et la perte de chance restent à faire juger contradictoirement ; l'arrêt du 10 mars 2022 demeure applicable. Voir l'analyse détaillée du chapitre 31.
10.1. Les effets établis
La séquence a provoqué :
- une inquiétude compréhensible chez les destinataires ou les personnes ayant découvert certains messages ;
- une alerte de sécurité ;
- une intervention de police ;
- une procédure qualifiant les faits de menace de mort contre Qwant ou ses personnels ;
- une reprise médiatique ;
- un contrôle judiciaire.
Ces effets sont considérables. Mais ils ne constituent pas une réponse aux questions CDC, BEI, Axel Springer, Bpifrance, Microsoft, CNIL ou Sénat.
10.2. Les résultats non établis
Le corpus actuellement publié ne montre pas :
- une réponse technique de Qwant au courriel du 22 juillet à 11 h 28 ;
- la remise du rapport Cardiweb complet ;
- l'ouverture des dossiers de due diligence CDC ou BEI ;
- une information nouvelle transmise par Qwant à Axel Springer ;
- une confrontation des analyses CDC et Bpifrance ;
- une rectification devant le Sénat ;
- une reconnaissance d'une fraude.
La formulation exacte est donc :
La chronologie rapproche une demande de réponse adressée à Qwant et l'annonce d'un « live suicide », sans établir que tous les contenus avaient le même destinataire ni qu'ils ont été transmis ensemble. Ces publications ont été suivies d'une réponse sécuritaire et judiciaire, mais aucune réponse au fond n'est documentée dans le corpus disponible. L'auteur du signalement initial et la chaîne exacte de transmission restent à établir par le dossier pénal.
10.3. Un résultat contraire à l'objectif
La crise suicidaire a rendu les alertes plus visibles, mais elle a aussi fourni un motif puissant pour ne plus discuter du fond. La question publique est devenue : « représente-t-il un danger ? », non : « que contiennent les audits, le code et les documents remis aux financeurs ? »
Ce basculement est d'autant plus grave que les actes judiciaires ont retenu la qualification de menace de mort visant des tiers, tandis que plusieurs messages annonçaient explicitement mon suicide, et que la presse a repris des formulations absentes des captures réunies.
Le procédé a donc renforcé le mécanisme que je cherchais à combattre : le déplacement de la discussion des preuves vers ma personne, mon comportement et ma santé mentale.
11. La voie documentaire à privilégier
Les objectifs légitimes du dossier peuvent être poursuivis par des demandes de pièces, une expertise contradictoire et les voies procédurales disponibles :
- préservation des preuves : demander formellement à Qwant de conserver les dépôts, branches, binaires, logs, courriels, rapports et supports de démonstration ;
- communication ciblée : obtenir le dossier Cardiweb/CDC, les documents BEI pertinents et les informations transmises à Axel Springer ;
- contradiction technique : faire expertiser séparément le crawl, l'index, le ranking, le routage Bing et le flux Bing Ads ;
- contradiction financière : identifier les représentations réellement déterminantes pour chaque investissement ou prêt ;
- contradiction réglementaire : comparer les politiques publiées, les échanges CNIL et les corrections de 2020 ;
- contradiction institutionnelle : transmettre au Sénat un tableau limité aux déclarations sous serment les mieux documentées ;
- qualification réservée : laisser l'enquête et la juridiction déterminer s'il existe dol, escroquerie, faux, fraude au jugement ou faux témoignage.
Cette méthode est plus lente et moins spectaculaire. Elle permet de faire progresser le dossier sur son fond tout en séparant strictement la crise suicidaire de la discussion technique, financière et judiciaire.
12. Tableau final des niveaux de preuve
| Proposition | Niveau retenu |
|---|---|
| J'ai relancé Me Micault à 11 h 21 min 06 s puis formulé à 11 h 21 min 21 s une question sur une menace de mort que je disais subir | Établi par deux EML sortants ; ni remise ou lecture, ni réalité de la menace ne sont établies |
| J'ai demandé une réponse sur l'anonymisation et Bing le 22 juillet 2026 à 11 h 28 | Établi par la capture du courriel |
| J'ai ensuite annoncé mon suicide en reprochant à Qwant de faire le sourd | Établi par le courriel de 14 h 08 et les publications |
| La demande de réponse, la photographie du couteau et l'annonce suicidaire apparaissent dans une chronologie rapprochée | Établi ; l'EML date le courriel suicidaire à 14 h 08 min 37 s +02:00, environ 2 min 24 s avant la publication X dont l'identifiant encode 14 h 11 min 01 s à Paris |
| Une réponse sécuritaire, policière et judiciaire a eu lieu | Établi ; l'auteur du signalement initial et le rôle exact de chaque acteur ne sont pas encore connus |
| Qwant a répondu au fond des alertes après le « live suicide » | Non établi dans le corpus disponible |
| La CDC a investi 15 M€, Axel Springer 3,5 M€ en 2017 et la BEI a financé Qwant à hauteur de 25 M€ en 2015 | Établi par les communiqués institutionnels |
| Qwant a elle-même relié sa politique de vie privée à ces soutiens | Établi par ses conclusions prud'homales |
| Bpifrance aurait refusé l'opération en raison d'interrogations sur Bing | Rapporté par une source de presse payante ; dossiers internes à obtenir |
| J'ai transmis en 2019 le code de 2016 après l'échange avec Philippe Englebert, mais l'audit DINUM publié ne documente aucun examen de ce code historique | Établi par le rapprochement de l'échange Englebert et du périmètre de l'audit publié |
| La DINUM ou une autre administration destinataire a déposé plainte ou transmis les faits au procureur | Non documenté dans le corpus |
L'audit CDC/Cardiweb a été préparé au moyen d'une branche retirant Bing et d'un appel qualifié de fake |
Établi par les courriels et l'historique de code analysés |
| Cardiweb et la CDC ont effectivement été trompés par cette préparation | À établir par le rapport, les démonstrations, les logs et les échanges |
| La BEI ou Axel Springer ont été trompés | À établir séparément pour chaque opération et chaque date |
| Les données Microsoft étaient pseudonymes et non anonymes | Établi par la CNIL |
| Les déclarations faites sous serment au Sénat sont matériellement contredites sur plusieurs points | Fortement soutenu par le rapprochement Sénat / code / DINUM / CNIL |
| Un faux témoignage pénal est constitué | Non jugé ; connaissance et intention à établir |
13. Conclusion
Le « live suicide » n'était pas détaché du dossier Qwant. La chronologie rapproche l'annonce suicidaire des questions sur l'anonymisation, Bing et, plus largement, les présentations faites aux utilisateurs, aux financeurs, à l'État et au Sénat. Elle ne fusionne pas pour autant les courriels adressés à Me Micault, ceux adressés à Boris Lecœur, les publications X et la publication Mastodon : le destinataire, la connaissance et la transmission de chaque contenu doivent être établis séparément par le dossier pénal.
Le corpus V2 précise utilement la matière de cette demande. Il montre que Qwant a elle-même attribué à sa politique de vie privée un rôle dans l'obtention du soutien d'Axel Springer, de la BEI et de la CDC. Il fait de Bpifrance un signal de due diligence contradictoire plutôt qu'une victime établie. Il établit que le code de 2016 transmis après l'échange avec Philippe Englebert n'apparaît pas dans le périmètre de l'audit DINUM publié et qu'aucune plainte ou transmission au procureur par cette administration n'est documentée. Il circonscrit les pièces manquantes des audits et financements. Il rappelle enfin que les déclarations du Sénat ont été faites sous serment.
Mais ce corpus conduit aussi à limiter les conclusions :
- une présentation trompeuse n'est pas automatiquement une escroquerie ;
- la situation de 2015 ne peut pas être prouvée par le seul code Bing Ads de 2016 ;
- un refus allégué de Bpifrance ne constitue pas une fraude commise contre elle ;
- une contradiction avec la CNIL ne suffit pas, sans preuve de l'intention, à établir un faux témoignage ;
- une annonce suicidaire ne prouve aucune de ces infractions.
En définitive, les institutions ont réagi à un danger immédiat, tandis que les questions techniques et financières sont restées sans réponse visible. Le dossier public peut documenter ces questions et les pièces manquantes sans préjuger des qualifications pénales relatives aux investissements de la CDC, au rôle de Bpifrance ou au financement accordé par la BEI.
La seule issue utile consiste désormais à séparer entièrement les deux plans : traiter la crise suicidaire comme une urgence humaine, et traiter les alertes Qwant comme un dossier de preuves, d'expertise contradictoire et de demandes de pièces.
Sources principales
- Corpus des messages et actes relatifs au « live suicide » ;
- Contexte général des fraudes alléguées et des représentations contestées ;
- Communications de Qwant sur l'anonymat et la pseudonymisation ;
- Analyse de l'audit CDC/Cardiweb ;
- Analyse de la lettre et de la publication CNIL de février 2025 ;
- Analyse des conclusions et jugements prud'homaux ;
- Chronologie Qwantify, Axel Springer et BEI ;
- Alerte transmise en 2019 au cabinet gouvernemental chargé du numérique ;
- Caisse des Dépôts, communiqué du 2 février 2017 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Banque européenne d'investissement, financement Qwant de 25 M€ (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Axel Springer, acquisition de 20 % de Qwant en juin 2014 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Sénat, compte rendu de l'audition sous serment du 12 juin 2019 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- La Lettre A, « Qwant : hiatus entre la Caisse des dépôts et Bpifrance », 9 mars 2017 (ouvre dans une nouvelle fenêtre).